9- la nuit obscure et au delà....
Quelle que soit l'interprétation du "Neverland", on peut dire que H y est allé, qu'il s'y sent bien et voudrait y retourner et n'y arrive pas seul.
Vu l'intensité émotionnelle dans sa voix et la manière dont il appuie le never never, il s'agit de quelque chose de très important.
Dans tous les cas, il y a de la frustration, du dépit ou du désespoir ce qui contredit l'idée de l'accomplissement de soi...
Paradoxalement, la musique s'enrichit juste après d'accords solennels plaqués au pianos, qui sonnent comme un triomphe.
Il n'atterrit pas en Neverland et c'est tant mieux; H est poussé vers la vie réelle par l'absence de l'autre.
Après une révélation, les mystiques passent par une phase de dépression décrite parfois "la nuit obscure".
Saint Jean de la Croix a théorisé cela en disant que la révélation ce n'est pas être élu par Dieu et en tirer fierté mais au contraire se détacher de soi. La nuit obscure est plus importante que la révélation car elle compense la valorisation excessive de la révélation.
S'ensuit un chemin de doute, d'humilité allant jusqu'à douter de la révélation.
Il me semble qu'il ya des choses en commun avec Neverland.
Ne pouvant atterrir en Neverland, H revient à la réalité et se noie dans l'action pour devenir quelqu'un...
Comme un disque rayé, la mise en abyme, l'obsession "want to be someone, someone ".... haché menu, le soi, fragmenté, éparpillé. H se perd lui-même. Tout est comme s'il ne s'était rien passé dans sa vie; plus de Wendy, plus de vol, plus de Neverland ...
Et puis, un " any fool" survient tout doucement, prend de l'ampleur, calme, posé, s'élève au dessus du "someone" qui part en vrille et prend tout l'espace.
On n'entend plus que "your love inside me", répété une fois "any fool can see your love inside me"
Ce n'est ni un retour aux sources, ni une vraie sagesse.
La force, la violence de la voix jusque dans les derniers moments contrastent avec l'apaisement de la musique.
Comme la mer se retire, laissant H seul face à lui-même, hébété mais revenant à ce constat qu'il y a quand même toujours cet amour.
Ni l'amour humain, ni la recherche de gloire,ni le réel ni l'imaginaire, ne lui ont permis d'accéder à la totalité de lui (le Soi).
H ne nous dit pas qu'il a trouvé la sagesse, l'accomplissement de lui-même,ni même à s'accepter; il constate encore cette présence en lui qu'il ne peut s'attribuer à lui-même. Pas de miracle pas de magie.
Seulement la vie qui continue avec cette présence en soi, ce sentiment de grandeur qu'il ne peut oublier; qui lui fait mal et qui le nourrit.
Profondément humaine cette fin.
Vous qui êtes arrivés au bout de mes délires, désolé pour la longueur de tout ça et les détours.
J'ai tenté, pour que ce soit un partage, de ne pas trop favoriser jusqu'à ce dernier § une seule interprétation.
Mais là, je ne suis plus capable de ça tellement ça me parle avec évidence
Peut-être vous y retrouvez-vous, peut-être pas. De multiples lectures sont possibles.
Je me demande si H connaît très bien le texte original de Peter Pan ou si le sens qu'il met à Neverland est personnel.
C'est drôle après avoir écrit tout ça, et écouté ré-écouté par fragments, ben je suis encore plus accro à ce morceau...

He who knows love, knows who you are ... Worlds you may find, lit by a star (Steve Hackett)