
(2024)
Après le superbe biopic sur Johnny Cash ("Walk The Line" en 2005), l'excellent "Le Mans 66" (2019) consacré à la rivalité au 24h du Mans entre Ford et Ferrari dans les années soixante, James Mangold récidive dans le biopic en s'attaquant à une autre figure légendaire de la musique, j'ai nommé Bob Dylan. Pari osé tant la personnalité de l'artiste est complexe. Pari réussi par le cinéaste et toute l'équipe technique du film. Plutôt que de retracer la carrière complète et la vie tumultueuse de l'icône Bob Dylan, le talentueux cinéaste a choisi de raconter les débuts de la carrière de l'artiste, de son arrivée à New York en 1961 jusqu'au Festival Folk de Newport en juillet 1965 où le rebelle Dylan délaisse un temps la folk traditionnelle pour s'orienter vers une musique plus électrique avec son sixième album studio "Highway 61 Revisited" en 1965 qui sera suivi en 1966 par "Blonde on Blonde", premier double-album de l'histoire du rock, avant de revenir à la musique acoustique en 1967 avec son album "John Wesley Harding". La première réussite du film est d'avoir facilité l'immersion totale des spectateurs et spectatrices au cœur de ces cinq années bouillonnantes et instables pour la jeunesse des sixties. La reconstitution historique est bluffante, tant dans les décors que dans les costumes que par les évènements cruciaux qui tissent la toile de fond de cette jeunesse émergente et contestataire. La deuxième réussite est l'option prise de s'attarder sur la passion, l'obsession et l'urgence de la création musicale chez le jeune Bob Dylan qui le rendent par instant presque "autiste" aux gens qui l'entourent et le soutiennent. En dévoilant le mythe par cet angle là, James Mangold parvient à dévoiler le côté ombrageux et antipathique que dégage pour une partie du public Bob Dylan sans pour autant forcer le trait. L'autre point fort de ce choix, c'est de montrer à quel point cet acharnement à la création a eu un impact retentissant sur l'entourage de l'artiste mais plus encore dans la société et la culture américaine de l'époque. Et que dire de l'option prise de donner à chaque rôle la part d'importance qui leur est dû dans l'ascension fulgurante du jeune Bob Dylan. Edward Norton (Pete Seeger auquel Bruce Springsteen a rendu un somptueux hommage en 2006 avec son album "We Shall Overcome: The Seeger Sessions"), Elle Fanning (Sylvie Russo personnage fictif derrière lequel se cache Suze Rotolo artiste engagée qui fut un temps la petite amie de Dylan), Monica Barbaro (Joan Baez l'icône du folksong qui en 1975 composât la sublime "Diamonds and Rust" en souvenir de sa difficile relation amoureuse avec Bob Dylan), Boyd Holbrook (Johnny Cash à qui James Mangold a déjà consacré le remarquable biopic "Walk The Line" en 2005), Scoot McNairy (Woody Guthrie influence majeure de nombreux artistes engagés des années 60) sont parfaits. Quant à Timothée Chalamet, en état de grâce, il livre ici une performance majeure. Son jeu est d'une telle justesse, d'une telle fluidité que l'on en vient à totalement l'oublier et à ne plus voir à l'écran que Bob Dylan. Tout cela est d'autant plus admirable quand on sait que toutes les performances musicales du film ont été chantées par les acteurs et actrices du film. Que l'on soit fan ou pas de Bob Dylan, que l'on aime ou pas sa musique, que l'on aime ou que l'on exècre le personnage public, peu importe, force est de constater que "Un parfait inconnu" est un grand et beau film qui a le mérite de s'adresser aussi bien aux passionnés qu'aux néophytes de l’œuvre musicale de cet immense artiste, incontournable figure d'une époque charnière qui a marqué culturellement et socialement l'histoire du vingtième siècle.
PASSIONNANT !!!






